Diouk & Diablo

La vie et les activités de Diouk et Diablo, deux jeunes Border Collie, au troupeau, en dressage, en stage chez Philippe Heintz et dans la vie de tous les jours, mais aussi la vie et la réhabilitation de chiens en famille d’accueil à « la ferme du bonheur »

15 août 2014

Intervenir ou pas ?

Salut,

Merci à tous pour vos petits mots de soutien concernant Lucky.

Aujourd’hui, changeons un peu d’ambiance, tout le monde en a besoin ici, et parlons chien de manière un peu plus technique. Canicamp, la pension, est complète en ce moment, jusqu’au 18 août. J’ai d’ailleurs toujours un peu de mal à comprendre certains coups de fil :
« Driiiiiinnnng » (oui, nous n’avons pas les moyens d’acquérir un téléphone récent)
« Allô »
« Je suis bien chez Canicamp, la pension ? »
« J’en ai bien l’impression oui ! »
« Je voudrais faire garder mon chien pendant une semaine, c’est possible ? »
« Oui, à quelle date ? »
« Ce soir »
« … ? … WTF… Goddamnit… Mais… Je suis désolé monsieur, nous sommes comme qui dirait complet là ! »

… Mois d’Août… Eté… Vacances… Plage… Soleil… Côte d’usure… Le jour même…

Pour l’instant, très peu de chiens sont en box, et d’une manière générale, nous estimons a un peu plus de 80% le nombre de chiens intégrés au groupe, ce qui est un bon score. Toutefois, il ne faut jamais sous-estimer le travail que ça représente.

Récemment, trois mâles entiers sont venus grossir les rangs du noyau familial, en plus de quelques femelles. Des « affinités » se sont créées assez rapidement, et si j’écris affinités entre guillemets, c’est qu’il y a une bonne raison. Certains binômes se créent mais il ne s’agit pas nécessairement d’affinités à proprement parler, il peut aussi s’agir d’une forme de rivalité. Il convient donc d’être prudent et attentif, parce que dans ce genre de situation, la moindre convoitise peut matérialiser cette rivalité, un objet trouvé, une femelle, un jouet, l’alimentation…

"J'ai rêvé ou tu convoites mon truc là ?"

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Typiquement, entre Iron, berger hollandais, et Youki, croisé lab/boxer, (les deux noirs sur la photo) les parties de jeu sont dantesques, et finissent toujours par s’endurcir, au bout de quelques minutes.. M’est avis qu’il y a beaucoup trop de couilles dans ce binôme. Alors on se surveille, on se jauge, et parfois même on se provoque.

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Dans ce genre de situation, il y a comme d’habitude plusieurs courants de pensée. En schématisant, le premier dit : « L’homme est le chef de meute, c’est lui qui décide, c’est lui qui règle les problèmes, et il intervient dès qu’un conflit naît, de préférence en foutant sur la gueule des individus incriminés ». L’extrême inverse voudrait que les chiens soient tout à fait capables de régler leurs problèmes entre eux, sans intervention humaine.

Clairement, notre position ne peut être ni l’une, ni l’autre, et je m’en vais vous expliquer pourquoi.

L’homme n’est en aucun cas le chef de meute, tout simplement d’abord parce que les membres canins de ce groupe social constitué d’humains et de chiens, sont parfaitement au courant que nous ne sommes pas de la même espèce, et qu’il serait d’une prétention sans borne de nous croire suffisamment proches d’eux pour nous sentir chiens nous-mêmes. A contrario, le concept du « ils-vont-se-démerder » a aussi ses adeptes et en effet, je reste intimement convaincu que quel que soit le problème, de la plus petite tension jusqu’au conflit physique le plus sérieux, les chiens trouvent toujours eux-mêmes une issue, une solution. La question est : « A quel prix ? »

A ce prix là ? (Rassurez-vous les photos sont anciennes)

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Premièrement, nous avons la responsabilité d’un certain nombre de chiens. Les nôtres d’abord, Doug, Oumak, Diouk et Diablo. Être le « maître » d’un chien implique plusieurs choses, le nourrir, l’éduquer, le soigner, lui proposer des activités, enrichir sa vie et évidemment assurer sa sécurité. Concernant les pensionnaires, c’est exactement la même chose, enfin, en ce qui nous concerne... Avant tout, leur bien-être et leur sécurité doivent être assurés. Comme je le disais, dans le cas de Youki et Iron, deux mâles entiers tout juste arrivés à l’âge adulte, les jeux sont rudes, durs, et il est fréquent qu’entre eux, ou même en jouant avec d’autres chiens, une douleur soit provoquée, sans qu’elle ne soit volontaire. La réponse de l’autre peut être un peu rude elle aussi, et en quelques secondes, c’est l’escalade, qui peut aboutir à un vrai conflit physique, avec morsures et donc blessures.

Notre connaissance des chiens, qui s’approfondit de jour en jour, nous permet désormais de comprendre assez rapidement les différents caractères des pensionnaires, et de savoir à quel moment, et entre quels individus, un risque existe. A partir de quoi, notre rôle, voire même notre devoir, est de désamorcer certaines situations.

Certains adeptes du « tout positif », c’est à dire les personnes qui expliquent (souvent de manière un peu fanatique) que toutes les situations peuvent se régler avec le renforcement positif, ne comprennent pas ça. Elles ne comprennent pas qu’avec un groupe de neuf chiens, la mayonnaise peut prendre en quelques secondes, qu’un aller-retour à la cuisine peut laisser le temps à cette mayonnaise de monter, et de tourner au vinaigre. Il faut donc dans un premier temps avoir l’œil, surveiller continuellement, et intervenir lorsqu’un conflit naît.

Comment intervenir ?

En réalité, avec l’expérience, à la fois de certaines situations, et du langage canin, il est plus facile de déceler un problème. Plus le problème est décelé tôt, plus l’intervention est simple.

Il ne s’agit jamais de frapper un chien, ni même d’intervenir physiquement (sauf dans les cas les plus extrêmes), mais simplement d’interrompre une séquence comportementale, au moment même où elle s’engage.

Nous utilisons des outils naturels (voix, claquement de mains…), ou un objet de type revue roulé, pour créer ce que nous appelons un stimulus disruptif. Typiquement, nous avons façonné un objet avec un sac de croquette en plastique souple, roulé et ficelé. Certaines personnes, en venant chez Canicamp et en voyant cet objet se posent des questions :
« Mais alors !? Le journal roulé pour foutre sur la gueule des chiens c’est vrai ? »
« Non, bougre d’âne, je vais t’expliquer ! »

Cet objet n’a qu’un seul but, créer ce stimulus disruptif, tout simplement en le faisant claquer sur le côté de ma chaussure. Un stimulus disruptif est un stimulus qui n’a aucun lien avec la séquence comportementale en cours, mais qui va provoquer son arrêt, par étonnement, parce que le chien est surpris. S’en suit une phase d’interrogation qui ne dure qu’une seconde, une phase d’expectative, qui permet de reprendre le contrôle de la situation. Cette phase de latence, ce sursis, doit être utilisée pour distraire, pour écarter les protagonistes, par un rappel, un assis, ou quoi que ce soit qui puisse être récompensé, qui puisse permettre au chien de passer à autre chose, à quelque chose d’agréable.

Nous n’avons rien inventé, rassurez-vous, je crois d’ailleurs me souvenir que Philippe Heintz utilisait cette astuce pour le « coucher » au troupeau. Un claquement et tout de suite : « coucher ».

Le principe est le même avec le « HEY ! » vocal.

Imaginons un chien qui trouve un morceau de bois et s’amuse quelques instants avec en le lançant en l’air, puis en le reprenant, et en le secouant. Lorsque ce chien délaissera son « jouet », il y a toutes les chances pour qu’un autre chien essaie de se l’approprier. Il y a pourtant des dizaines de bâtons de la même taille juste à côté, mais non, celui-ci, parce qu’il a été source d’amusement pour un autre chien, est nécessairement plus intéressant.

Ce petit bâton est très intéressant.

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Presque inévitablement, lorsque ce second chien viendra prendre cet objet, son propriétaire, par possessivité, va s’y intéresser de nouveau, afin de protéger son bien, et là, il peut y avoir problème dans le cas de deux chiens qui n’ont pas l’intention de céder. Au moment précis où le « propriétaire » originel du bâton commence la séquence (donc au plus tôt) « je vois qu’il prend le bâton/je reviens vers lui/je grogne pour lui reprendre », je lance un « HEY ! » (ou un STOP, ou un CHOUCROUTE, ou un …), il s’arrête une petite seconde, alors je prends la voix la plus joviale possible, je l’appelle, le fais asseoir et le félicite chaleureusement. Il convient toutefois par la suite d’évincer l’objet qui suscite ces convoitise, sans quoi il y a toutes les chances pour que la rivalité s’installe.

Il est évident que par le renforcement positif, il est possible d’encourager un chien à « prêter » ses jouets, mais dans la situation évoquée, ce n’est pas le moment, ce n’est pas possible, et dans le but de préserver l’intégrité physique des deux chiens, il faut agir, vite, sur l’instant.

Il est évident, je le redis encore une fois, qu’une interaction de ce genre entre deux chiens trouverait une issue naturellement. Ou un des deux chiens cède, et l’autre emporte le butin, c’est d’ailleurs la plupart du temps de cette manière que ça se passe, ou aucun ne cède et c’est le carton. Conflit physique, morsures et blessures. Un œil ? Une oreille ? Une babine ? Les trois ? De plus en plus, il devient pour nous facile de savoir dans quel cas de figure nous nous trouvons, mais nous pouvons aussi nous tromper, et un accroc est toujours possible, toujours.

Prenons un dernier exemple : Oumak.

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Oumak avait un sérieux problème lors des rencontres avec ses congénères, il était dans un tel état d’excitation qu’il se précipitait sur eux avec la délicatesse d’un adolescent devant sa première « langue en bouche », et les réponses qu’il obtenait étaient du même acabit : Une tarte avec un commentaire du genre « Ho, je n’étais pas venu pour un détartrage hein ! ».

A force de travail, Oumak a fait des progrès considérables à ce niveau, mais dans le même temps, il a également appris à grogner, ce qu’il ne faisait que très rarement avant. Il sait désormais comment exprimer un refus, une crainte ou un avertissement. Nous essayons dans une majeure partie des situations de le laisser s’exprimer, parce que la modération dont il fait preuve depuis quelques temps lui permet de se sortir de certaines situations et de calmer les ardeurs d’autres individus, il devient donc même une aide précieuse.

Dans certains cas, nous devons nous-mêmes agir, même s’il est effectivement toujours préférable que les chiens se débrouillent entre eux, parce que c’est de cette manière qu’ils apprennent le mieux, qu’ils prennent le plus d’expérience.

Je pose une fois encore cet petite séquence entre Oumak et Baxter, quelques minutes après leur rencontre.

 

Une fois de plus donc, il est évident que notre position est intermédiaire, et que tout gérer ou tout laisser faire n’aurait aucun sens pour nous. Et je tiens à dire aux personnes qui ne jure que par le renforcement positif, que certaines situations ne permettent pas, ne laisse pas le temps de donner une récompense pour une bonne action, et que vivre 24h/24 avec une dizaine de chiens, en liberté, pendant plusieurs années, permet de valider ou d’invalider certaines théories, et surtout de comprendre que les individus ne sont pas tous les mêmes, que certains risques existent et que notre devoir est d’assurer la sécurité de tout le monde, même si ça doit passer par un coup de gueule. Un coup de gueule n’a jamais tué aucun chien, et ne créé pas de traumatisme s’il n’est pas permanent, et s’il n’y a pas de pression psychologique au quotidien.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui, et puis c’est pas tout ça, j’ai un peu les crocs, je vais me faire une escalope sur la salade… Oups, pardon, je crois que j’ai contrepété.

Photos ?

Oumak, Diablo et Chantal.

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Notre célèbre Chopin, venu pour quelques jours en pension, toujours aussi en forme et sympa.

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Diouk, Fandjo (pensionnaire) et Mona.

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Horus, Mona et Youki.

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Swingy et Iron, qui semblent chercher le contact. 

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Une naissance dans le quartier :)

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06 août 2014

L'hommage d'Elrina O'Brien à Lucky

 

 Le chien qui avait de la chance 

***


Il était une fois un chien nommé Lachance, qui portait mal son nom. De la chance, il aurait pu en avoir, car il était beau, duveteux comme un énorme nuage, il savait faire des clins d’œil, et avait une voix de crécelle qui n’effrayait jamais personne.

Malheureusement pour lui, ce chien vivait dans une cour au pied d’un arbre, auquel il était accroché par une chaîne. Lachance ne connaissait pas grand-chose de la vie. Pour lui, la terre, c’était une cour de béton. Pour lui, le ciel, c’était la ramure de son arbre. Pour lui, l’horizon, c’était le mur de la cour. Ainsi vivait ce chien dont personne ne se préoccupait.
« J’ai de la chance, disait le chien, mon arbre me protège ! »

Un soir pourtant, le vent, l’orage, ou le hasard peut-être, emportèrent l’arbre qui tomba sur le mur. Lachance vit pour la première fois un coin de ciel plus bleu qu’une pierre d’opale, il vit un coin de terre plus vert qu’une pierre d’émeraude, et il vit l’horizon dans le soleil couchant, rouge comme une pierre de rubis ! Alors, saisissant l’opportunité qui s’offrait à lui, Lachance sorti de la cour et parti s’aventurer dans ce monde tout neuf, beau comme une pierre précieuse.
« J’ai de la chance, dit le chien, je vais découvrir la terre ! »

Un jour, Lachance pénétra dans une ferme, où il rencontra le cheval. C’était un vieux cheval, et Lachance n’était pas tout jeune non plus. Il dit :
- Je n’ai jamais rien vu ni rien entendu à part le vent bruisser dans les ramures de mon arbre, dis-moi ton nom ?
- Je suis un cheval, répondit l’animal.
Et comme le cheval avait quatre pieds, deux yeux et un pelage soyeux, le chien pensa qu’ils étaient de la même espèce. Alors, ils vécurent ensemble un long moment. Mais Le cheval mangeait de l’herbe, le cheval portait des fers, le cheval laissait les hommes monter sur son dos… Lachance fini par le quitter, car n’est pas cheval un chien
« J’ai de la chance, dit le chien. Je sais à présent que je ne suis pas un cheval ! »

Plus loin, Lachance rencontra un mouton. C’était un blanc mouton et Lachance n’était pas noir non plus. Il dit :
- Je n’ai jamais rien vu d’autre qu’un cheval qui se laissait monter par les hommes, dis-moi ton nom ?
- Je suis un mouton, répondit l’animal.
Et comme le mouton avait quatre pieds, deux yeux et un pelage soyeux, le chien pensa qu’ils étaient de la même espèce. Alors, ils vécurent ensemble un long moment. Mais Le mouton mangeait de l’herbe, le mouton bêlait, le mouton laissait les femmes tondre son dos… Lachance fini par le quitter, car n’est pas mouton un chien.
« J’ai de la chance, dit le chien, je sais à présent que je ne suis pas un mouton ! »

Plus tard, Lachance rencontra un cochon. C’était un cochon gras et Lachance n’était pas maigre non plus. Il dit :
- Je n’ai jamais rien vu d’autre qu’un cheval qui se laissait monter par les hommes et un mouton qui se laissait tondre par les femmes, dis-moi ton nom ?
- Je suis un cochon, répondit l’animal.
Et comme le cochon avait quatre pieds, deux yeux et un appétit féroce, le chien pensa qu’ils étaient de la même espèce. Alors, ils vécurent ensemble un long moment. Mais Le cochon mangeait des épluchures de pomme de terre, le cochon se roulait dans la boue, le cochon laissait les enfants lui jeter des pierres… Lachance fini par le quitter, car n’est pas cochon un chien.
« J’ai de la chance, dit le chien, je sais à présent que je ne suis pas un cochon ! »

Alors, Lachance, qui ne se laissait pas monter dessus par l’homme, qui ne se laissait pas tondre par la femme, qui ne se laissait pas lapider par l’enfant, rencontra le chien de la ferme qui dormait au fond d’une niche.
- Sais-tu quel animal je suis ?
Le chien observa Lachance :
- Remues-tu la queue lorsque tu es heureux ?
- Non, ma mère ne me l’a pas appris.
- Dresse-tu les poils de ton dos lorsque tu as peur ?
- Non, ma mère ne me l’a pas appris.
- Grognes-tu quand tu as mal avant de mordre ?
- Non, ma mère ne me l’a pas appris. J’ai vécu dans une cour, avec un arbre, une chaîne et un mur.
Le chien de la ferme soupira, fit trois fois le tours de sa niche et en ressorti avec un os que Lachance mangea, avec une balle que Lachance rapporta, avec un chat que Lachance poursuivit. C’était une vaste niche…
- Eh bien tu es un chien ! Va voir la fermière, elle sera ta mère. Ce que tu n’as pas appris, elle te le montrera.

Lachance remercia le chien dans sa niche et se rendit au pied de la fermière. Hélas, les hommes ne parlent plus depuis longtemps le langage des bêtes, mais cette fermière-là était un peu sorcière et elle connaissait des secrets. Elle compris ce que voulait Lachance, et s’appliqua à faire de lui un chien heureux dans ce monde d’Opale, d’Emeraude et de Rubis.
« J’ai de la chance, je sais à présent que je suis un chien ! »

Les années passèrent. Lachance devenait vieux. Il ne savait plus faire de clins d’œil. Son poil n’était plus soyeux comme un nuage. Il aboyait sans cesse et cassait les oreilles du cheval, du mouton, du cochon, et même du chien dans sa niche ! Un soir, il dit à la fermière :
- J’ai eu de la chance, tout au long de ma vie. J’ai connu les arbres et les pierres d’un mur, puis j’ai connu les pierres précieuses. J’ai connu les bêtes de ferme et les chiens de niche, puis je t’ai connu toi. Je ne remue pas encore bien la queue, je ne sais pas encore bien dresser mes poils sur mon dos, je n’arrive pas encore bien à grogner avant de mordre, mais je suis un chien, et tu m’as offert ce que chaque chien mérite : tu es mon maître. Tu m’aimes. Je t’aime.

Le lendemain, Lachance était parti. La fermière ne le revit jamais. Il avait terminé son voyage dans le monde d’opale, d’émeraude et de rubis. Il savait à présent qu’il était un chien, fait pour donner de l’amour aux hommes et en recevoir en retour. Nul ne sait dire où s’est rendu ce chien après avoir quitté le pays. Mais parfois, lorsque la fermière s’assied dans la cour, là où Lachance avait l’habitude de s’endormir, il lui semble entendre une voix de crécelle lui dire à l’oreille :
« J’ai de la chance… »

 

Elrina O'Brien    

 

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04 août 2014

Lucky est parti

Salut lecteur, aujourd’hui, un billet particulièrement triste, alors si tu n’a pas envie de pleurer, passe ton chemin.

Notre Lucky nous a quittés.

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Le 09/02/11, un chien arrivait ici.

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Un peu tendu face aux autres chiens, sans plus. Le soir même, il mordait Seb (le fiston) au visage. Grosse peur pour tout le monde, d’abord parce que c’est la première fois que quelqu’un a été mordu ici, mais aussi car après l’avoir repoussé du pied, il est retourné à la charge.

Imaginez à ce moment là le doute qui nous a envahis, tous, face à un chien de plus de 40 kg, qui avait réagi à une manœuvre de Seb certes maladroite, mais de manière complètement disproportionnée. Il a été question de tout arrêter, de renvoyer le chien d’où il venait, tout un tas de solutions ont été évoquées, mais non, nous avons poursuivi. Seb aurait pu exiger qu’il parte, parce que pendant quelques heures, voire quelques jours, il n’était pas vraiment à l’aise si vous voyez ce que je veux dire…

Alors Lucky est resté, puis a commencé à se détendre.

Parfaitement conscients du seuil de tolérance très bas du chien, nous avons accepté progressivement l’idée qu’il ne serait jamais adopté. Par qui aurait-il pu être adopté d’ailleurs ? Quelle famille ou quelle personne aurait accepté un chien de ce type dans sa maison ? Nous avons toujours été clairs sur ce point, aucun chien ne doit partir sans que l’adoptant ne soit au courant de l’histoire connue du chien, et de l’expérience que nous en avons. Nous nous sommes habitués au fait qu’il finirait sa vie ici, qu’il n’était plus un chien en famille d’accueil mais un chien accueilli par notre famille. Tout simplement parce qu’il se serait clairement mis lui-même en danger par des réactions disproportionnées, à la première morsure, il aurait été tué. (Le mot tué est volontaire hein).

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En apprenant à le connaître, petit à petit, nous avons appris à vivre avec lui, à contrôler certains gestes, à ne pas manifester trop d’enthousiasme… Il y a un an, il m’est arrivé, à moi personnellement, de le voir ouvrir la gueule en grand, de me prendre l’avant-bras, près du coude, entre ses prémolaires, et de ne pas serrer, simplement pour me dire : Là ! C’est trop, n’insiste pas !

Là, il est évident qu’une réponse violente aurait été peu inspirée de ma part.

En quelques mois, et années, avec l’expérience, Lucky a lui-même modéré ses réactions, a pris confiance en moi…

Arween, c’est autre chose, Lucky a eu confiance très rapidement, et pour tout vous avouer, très rapidement, j’ai pris pour habitude de sortir de la pièce, ou de m’éloigner de l’endroit ou Arween lui faisait un câlin, parce que j’avais beau la prévenir, et l’avertir « Sois prudente, attention, il n’est pas bien là, … », rien ne changeait la situation, Lucky acceptait presque tout d’Arween, ce petit truc inexplicable chez elle qui fait qu’elle obtient la confiance sans rien faire, ou plutôt en faisant des choses qui n’ont pas de description possible sur le papier.

J’ai vu Arween faire des choses à ce chien… Des câlins appuyés, des papouilles, des mouvements francs, des contacts, des bisous… Sur la bouche, oui monsieur, oui madame, sur la bouche.

Il y avait quelque chose de très particulier entre Arween et Lucky, une confiance, une sorte de compréhension mutuelle, une tendresse tout à fait étonnante, un plaisir à se côtoyer.

Je ne connais aucune personne qui soit arrivée à approcher Lucky de cette manière.

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Si nous avions tous un attachement pour Lucky ici, on ne peut pas l’évoquer sans penser à Elrina. Lucky, Gros Lu, était son biscuit. Elle s’est entichée de lui dès qu’elle l’a rencontré et son grand plaisir était d’aller s’asseoir, comme nous le faisions, sur le perron, côté potager. Ici, elle laissait Lucky venir au contact, elle prenait un bouquin et restait de longues minutes, des heures parfois avec lui. Lucky adorait ces moments de calme. Il fallait bien le connaître pour s’asseoir comme ça à côté de lui. Il fallait avoir compris que lui décidait de venir au contact et que sans mouvement brusque, il n’y avait aucun risque.

Nous nous souvenons bien d’une anecdote avec Elrina. Arween arrosait le jardin, et nous étions tous les deux avec lui dans son parc. Elrina avait choisi une brosse douce, et l’appliquait d’abord sur son dos, puis sur son arrière-train, ce qu’il semblait apprécier. Tout d’un coup, j’ai vu quelque chose de particulier, je n’ai pas eu le temps de finir ma phrase : « Attention Elrina, il n’est pas bien là ! ». Il s’est retourné à la vitesse de l’éclair et l’a choppé au bras je crois me souvenir. Il n’y a eu aucun dégât, une très légère marque peut-être. Un peut comme avec moi, il n’avait pas serré, et c’est peut-être ce dont nous sommes le plus fier avec lui, d’avoir réussi à faire disparaître cette morsure aboutie, comme avec Seb, en un avertissement, violent certes, mais beaucoup plus modéré. L’inhibition de la morsure en réalité, à 12 ou 13 ans.

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On peut difficilement aussi évoquer Lucky sans parler de la coupine Virginie, parce qu’elle l’a aussi côtoyé très souvent.

Deux personnes qui ont fait comme nous, qui ont accepté les défauts de Lucky, et qui l’ont accepté tel qu’il est.

Autre anecdote « amusante », Lucky nous avait fait une grosse frayeur fin 2011, il ne se levait que très difficilement, chancelait. Nous avions donc fait venir le vétérinaire, pour savoir ce qu’il en était. Arween lui a mis une muselière, et le véto lui a pris les pattes arrière, l’une après l’autre, pour les étirer et constater leur bon fonctionnement. Lucky n’a rien dit, il s’est laissé faire sans problème. Le docteur a alors enfilé un gant et a annoncé qu’il allait procéder à un toucher rectal. A peine avait-il commencé que Lucky s’est retourné, toutes dents dehors, le problème est que la muselière est restée sur place, elle. Je revois encore le bon en arrière du praticien, et de sa réflexion : « Non, mais en fait, ce n’est peut-être pas nécessaire ! »

Une mésentente est née, par ma faute, entre lui et Diablo, il a été nécessaire de les séparer, mais Lucky était régulièrement avec d’autres chiens, puis parfois par accident, avec Diablo lui-même, et tout se passait bien.

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Face aux étrangers, et en particuliers face aux enfants, il fallait être très prudents. Nous avons régulièrement joué avec les portes pour éviter les accidents, c’était parfois contraignant. Nous avons immobilisé une pièce pour ses nuits, pour sa tranquillité, pendant des années et bien souvent aussi pour le tenir à l’écart de Diablo. Lucky était présent, c’était un gardien incroyable, il avait d’ailleurs l’ouïe plus fine que tous les chiens passés ici, et lorsqu’il aboyait, il y avait quelque chose, des visiteurs, un animal sauvage…

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Aujourd’hui, même si nous en parlons peu parce que la peine est grande, tout le monde a l’impression qu’il est encore là, alors on s’assoit sur le perron, on regarde le jardin, les quelques tomates qui commencent à rougir et régulièrement, un frisson nous parcourt le dos, comme s’il approchait et qu’il venait se frotter sur notre épaule, son régal du soir. Je crois que Lucky habitera toujours cette maison, il l’a imprégnée de quelque chose de spécial, qui n’est pas définissable, d’une atmosphère particulière, d’une âme supplémentaire …

Merci à Blandine pour l’avoir sorti de la merde et pour l’avoir amené jusqu’ici.

Bonne route Lucky, en espérant avoir été à la hauteur et t’avoir apporté un tas de choses agréables, en espérant simplement que tu as été heureux ici, en sécurité et aimé.

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Posté par rapata à 14:32 - 04- Famille d'accueil - Commentaires [12] - Permalien [#]
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